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«Que te rappelles-tu de la seconde Intifada ? — Par chance, j’ai oublié. » Lorsqu’elle retrouve une boîte de cassettes vidéo, cachée pendant plus de vingt ans, Shayma’ Awawdeh interroge sa mère. Au début de la seconde Intifada, en 2000, la réalisatrice palestinienne n’a que 6 ans et vit avec sa famille à Hébron. De cette période, il ne lui reste que des souvenirs diffus : « Mon premier jour d’école, je portais un uniforme avec un nœud blanc dans mes cheveux. J’étais la première en rang pour voir le drapeau palestinien se hisser », raconte-t-elle d’une voix posée dans ce court métrage. « Un jour, alors que nous étions arrêtés à un checkpoint, un soldat t’a interpellée : “Tu es jolie, viens avec nous” », rappelle-t-elle encore à sa mère.
Des souvenirs d’enfance dans lesquels s’immisce constamment l’occupation israélienne, tandis que des images d’une violence inouïe défilent à l’écran. Tournées durant la seconde Intifada, elles donnent à voir l’omniprésence de soldats israéliens, les tracts des forces de défense israéliennes répandus dans les rues, les checkpoints entourés de fils barbelés, puis les bombardements, les blessés, les morts, la chair projetée sur le capot d’une voiture, les larmes des mères…
« Lors de nos allers et retours entre Karma et Hébron, une route de 13 kilomètres que nous parcourions en deux heures, tu me donnais le nom de tout ce qui poussait sur le chemin. Des jonquilles, du sumac, des amandiers en fleur… », se souvient la réalisatrice. Et l’on devine les efforts d’une mère pour préserver son enfant de l’horreur quotidienne. En convoquant leur mémoire et celle d’un conflit ininterrompu, Shayma’ Awawdeh interroge : « Alors que tout continue et se répète, de quoi nous souvenons-nous ? Qu’oublions-nous ? » Un écho pertinent et déchirant.